Lahcen Hammouch : »Crise totale entre Paris et Alger : enlèvement d’Amir DZ, blocage des visas et condamnation de Boualem Sansal »

euromagreb10 أغسطس 2025آخر تحديث :
Lahcen Hammouch : »Crise totale entre Paris et Alger : enlèvement d’Amir DZ, blocage des visas et condamnation de Boualem Sansal »

Paris-Alger.
Les relations entre la France et l’Algérie, déjà fragilisées par une série de différends politiques, connaissent depuis plusieurs mois une succession d’incidents qui les plongent dans une crise sans précédent. De l’enlèvement en France de l’opposant algérien Amir DZ à la suspension des visas de long séjour, en passant par la condamnation de l’écrivain Boualem Sansal, chaque épisode ajoute une tension supplémentaire à un lien historique déjà marqué par la méfiance.

L’affaire Amir DZ : un enlèvement qui secoue Paris

En avril 2024, Amir Boukhors, plus connu sous le pseudonyme Amir DZ, blogueur et opposant au régime algérien, est enlevé devant son domicile du Val-de-Marne par des hommes déguisés en policiers. Séquestré près de 27 heures, il est finalement libéré, mais l’affaire provoque un séisme politique et judiciaire.

L’enquête du Parquet national antiterroriste (PNAT) et de la DGSI met rapidement en lumière la possible implication des services secrets algériens. Un agent consulaire à Créteil est soupçonné d’avoir localisé l’opposant grâce à un fonctionnaire français. Plusieurs personnes sont inculpées, certaines placées en détention provisoire.

Le 25 juillet 2025, un mandat d’arrêt international est émis par un juge français contre Salah Eddine Selloum, ancien premier secrétaire de l’ambassade d’Algérie à Paris. Il est accusé de « participation à une association de malfaiteurs terroriste » et soupçonné d’avoir pris part à la préparation de l’enlèvement. Des données téléphoniques l’auraient placé en reconnaissance près du lieu du rapt. Cette décision judiciaire, inédite à l’égard d’un diplomate algérien, provoque la fureur d’Alger.

Blocage des visas « D » : un nouvel épisode de la confrontation

Début août 2025, le président Emmanuel Macron décide de suspendre tous les visas de long séjour (visa D) pour les Algériens, en invoquant les outils prévus par la loi immigration de 2024. Cette mesure concerne notamment les étudiants, les regroupements familiaux et les expatriés français vivant en Algérie.

Dans la foulée, Paris met fin à l’accord bilatéral de 2013 qui exemptait les titulaires de passeports diplomatiques et officiels algériens de visa. Alger réagit en dénonçant officiellement cet accord, en supprimant des avantages immobiliers accordés à la diplomatie française, et en accusant la France de « chantage migratoire ». Des milliers de projets d’études, d’affaires et de vies familiales se retrouvent ainsi gelés.

Boualem Sansal condamné : l’affaire qui indigne Paris

En parallèle, le climat se tend encore avec l’affaire Boualem Sansal. L’écrivain franco-algérien, figure reconnue de la littérature francophone et critique du pouvoir d’Alger, est arrêté en novembre 2024. Le 1er juillet 2025, sa condamnation en appel à cinq ans de prison ferme et 500 000 dinars d’amende est confirmée pour « atteinte à l’unité nationale » et « outrage à corps constitué », en lien avec des propos tenus lors d’une interview à un média français d’extrême droite.

Paris dénonce une décision « arbitraire » et appelle à sa libération, tandis que ses soutiens espèrent encore une grâce présidentielle à l’occasion de la fête nationale algérienne.

Un climat bilatéral au plus bas

Ces affaires s’inscrivent dans une détérioration plus large des relations franco-algériennes :

En juillet 2024, la reconnaissance par Paris de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental déclenche une crise diplomatique majeure.

Les expulsions de diplomates et rappels d’ambassadeurs se succèdent depuis le printemps 2025.

Les échanges économiques, qui atteignaient environ 11 milliards d’euros en 2024, s’essoufflent, la France restant un partenaire clé mais de plus en plus concurrencée.

Les questions migratoires restent explosives, notamment le refus algérien de délivrer des laissez-passer consulaires pour l’expulsion de ses ressortissants sous OQTF.

Vers une rupture durable ?

En moins de deux ans, Paris et Alger sont passés d’une relation fluctuante mais pragmatique à un état de confrontation quasi permanente. Les affaires Amir DZ, Boualem Sansal et la crise des visas traduisent un effondrement de la confiance diplomatique, tandis que citoyens, étudiants et familles paient le prix fort de ce duel politique.

Si les deux capitales ne trouvent pas rapidement un terrain d’entente, la crise pourrait s’installer dans la durée et remodeler profondément un demi-siècle de liens privilégiés, souvent conflictuels, mais rarement à ce point fragiles

 

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