L’Europe face à l’ombre iranienne : ces réseaux que nous refusons de voir

euromagreb5 مايو 2026آخر تحديث :
L’Europe face à l’ombre iranienne : ces réseaux que nous refusons de voir

Issac hammouh

Mai 4, 2026, 2:15 PM

L’Europe regarde encore l’Iran avec les lunettes de la diplomatie classique. Négociations nucléaires, sanctions, déclarations officielles. Mais pendant que Bruxelles discute, Téhéran construit patiemment un réseau parallèle sur le sol européen. Un réseau diffus, polymorphe, profondément idéologique, et parfois dangereux

Ce réseau ne passe pas uniquement par des ambassades. Il passe par des universités religieuses, des centres culturels, des associations caritatives, des médias, des lieux de culte, des organisations non gouvernementales et même des structures éducatives. Et c’est précisément là que réside son efficacité.

Les stratèges iraniens ne s’en cachent pas. Ils parlent eux-mêmes de guerre douce, de jang-e narm, contre l’Occident. Cette guerre ne se mène pas avec des chars, mais avec des idées, des récits, des réseaux d’influence. Le principe est simple. Former des élites idéologiques à Qom. Les redéployer dans le monde. Structurer des communautés. Imposer un récit politique sous couvert religieux. Et créer des relais d’influence durables. Ce n’est pas improvisé. C’est une doctrine d’État

On parle souvent de l’université Al-Mustafa ou de l’Assemblée mondiale Ahl al-Bayt. Mais ce n’est que la surface. L’université Al-Mustafa International constitue une plateforme de formation religieuse mondiale, accusée d’avoir servi de couverture à des opérations de renseignement et de recrutement. Cette université, contrôlée par le régime iranien, forme des clercs et des missionnaires dans le monde entier. En Allemagne, l’institut Al-Mustafa de Berlin est affilié à cette université et a organisé des ateliers financés par le ministère allemand de la Famille. L’Assemblée mondiale Ahl al-Bayt fut créée en 1990 sous l’autorité directe du Guide suprême Ali Khamenei pour structurer les communautés chiites à l’échelle mondiale. Selon le témoignage de Scott Modell, ancien officier de la CIA, devant le Congrès américain en 2015, cette assemblée sert de couverture pour le renseignement, le recrutement d’étudiants étrangers, et le transfert de fonds pour les opérations de la Force Al-Qods et du ministère du Renseignement iranien. Le secrétaire général de l’assemblée, Hassan Akhtari, est décrit comme le père opérationnel du Hezbollah. Le défunt secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, était membre du Conseil suprême de cette même assemblée. L’Organisation islamique de la culture et des relations constitue le bras culturel de l’État iranien, présent dans les ambassades et centres culturels. L’agence de presse AhlulBayt constitue un outil médiatique multilingue diffusant une vision idéologique mondiale. La commission des droits de l’homme islamique a fait l’objet d’une enquête de la Charity Commission britannique pour des transferts de sommes importantes vers une société privée. Cette organisation est soupçonnée de canaliser l’influence iranienne tout en se présentant comme défenseure contre l’islamophobie

Selon plusieurs analyses européennes, l’Iran a mis en place un maillage dense de centres islamiques, mosquées et associations qui servent à diffuser son idéologie et à soutenir sa politique étrangère. Ce réseau comprend notamment des centres Ahlul Bayt locaux répartis en Europe, en Afrique et en Amérique du Nord. Des instituts religieux liés à Qom. Des associations culturelles neutres en apparence. Des organisations caritatives, des bonyads, des comités d’aide. Des structures de jeunesse et d’éducation religieuse. Des organisations interreligieuses servant de façade. Certaines de ces structures organisent la Journée Al-Qods, cette mobilisation pro-iranienne mondiale. Elles diffusent la doctrine du velayat-e faqih, cette théocratie iranienne. Elles légitiment des groupes comme le Hezbollah. Elles créent des écosystèmes communautaires fermés et dépendants.

Plus de vingt institutions liées au régime iranien ont été identifiées au Royaume-Uni, certaines étant soupçonnées d’infiltrer la société civile et de promouvoir des agendas anti-occidentaux. Le centre islamique d’Angleterre, situé à Londres dans le quartier de Maida Vale, fait l’objet d’une enquête statutaire de la Charity Commission pour des problèmes de gouvernance sérieux. En 2020, ce centre a organisé des veillées glorifiant le général Qassem Soleimani, pourtant sous sanctions britanniques, en le qualifiant de martyr. En 2022, son directeur Seyed Moosavi a qualifié les manifestants anti-régime de soldats de Satan. Le centre est régulièrement visé par des actes de vandalisme de la part de la diaspora iranienne opposée au régime

En 2022, l’Unité huit cent quarante du Corps des Gardiens de la révolution islamique a planifié l’assassinat de deux journalistes d’Iran International à Londres, Fardad Farahzad et Sima Sabet. Le régime avait engagé un passeur de migrants, connu sous le nom d’Ismail, pour exécuter le meurtre. Ce dernier travaillait pour les services de renseignement iraniens depuis 2016. En 2024, le journaliste Pouria Zeraati a été poignardé devant son domicile londonien par un gang criminel engagé par le régime iranien. En mai 2026, la police britannique a arrêté cinq individus, dont quatre ressortissants iraniens, soupçonnés de planifier une attaque contre l’ambassade israélienne à Londres. Les arrestations ont eu lieu lors de raids coordonnés à Londres, Swindon, Stockport, Rochdale et Manchester. Les suspects seraient liés à l’Unité huit cent quarante. En janvier 2026, des comptes pro-indépendance écossaise sur le réseau social X se sont tus pendant le blackout internet iranien. Des analystes en cybersécurité et des responsables britanniques avaient déjà lié ces comptes à l’Iran l’année précédente

Le centre islamique de Hambourg a été interdit en juillet 2024 par les autorités allemandes pour fonctionner comme proxy de l’État iranien et partenaire idéologique du Hezbollah. Cinquante-trois locaux ont été perquisitionnés, les actifs saisis, et le directeur expulsé. Ce centre était pourtant un partenaire officiel de la ville de Hambourg depuis 2012 et avait été invité par le ministère des Affaires étrangères allemand en 2017. La communauté islamique des communautés chiites en Allemagne a été classée comme sous influence extrémiste par le gouvernement fédéral allemand. Pourtant, elle a reçu des fonds du Fonds de sécurité intérieure de l’Union européenne via l’Office fédéral de police criminelle pour la prévention de l’extrémisme et la déradicalisation, ainsi que des fonds du ministère allemand de la Famille en 2017. En 2021, l’Iran a utilisé le gang Hells Angels et son chef Ramin Yektaparast, ressortissant germano-iranien, pour perpétrer deux attaques contre des synagogues à Bochum et Essen. En juillet 2025, les autorités allemandes et danoises ont déjoué un complot de la Force Al-Qods visant des individus et institutions juifs à Berlin. Un citoyen danois d’origine afghane, Ali S., a été arrêté pour avoir effectué la surveillance de cibles potentielles. Le rapport 2025 de l’agence de renseignement intérieur allemande indique une augmentation des cas de harcèlement d’Iraniens résidant en Allemagne par les services de sécurité iraniens. Une ligne d’assistance vingt-quatre heures sur vingt-quatre a été mise en place en deux mille vingt-quatre

La Belgique a émergé comme une zone de contestation particulièrement sensible. La mosquée Al-Rida et l’association islamique à Anderlecht. Le centre islamique culturel chiite Ahlou al Bayt à Bruxelles. Le centre Alzahraa à Anvers. La fondation Al-Mustafa, dont le siège est à Anvers, qui a organisé un rassemblement en mars 2026

En 2009, le Maroc a rompu ses relations diplomatiques avec l’Iran, l’accusant de chercher à changer les fondements religieux du Royaume et d’ingérence intolérable. Une des principales préoccupations était la prosélytisation iranienne au sein de la diaspora marocaine en Europe, notamment en Belgique, où des Marocains de deuxième et troisième génération se seraient convertis au chiisme. En 2013, un salafiste a perpétré un attentat incendiaire contre la mosquée Al-Rida en criant des slogans liés à la guerre civile syrienne, tuant l’imam. Cet incident illustre les tensions sectaires importées du Moyen-Orient

Mais le cas le plus spectaculaire reste celui d’Assadollah Assadi. Ce diplomate iranien en poste à l’ambassade de Vienne en Autriche était en réalité un officier du ministère du Renseignement iranien, affecté au Département 312, une unité liée au terrorisme. En juin 2018, il a dirigé une opération visant à faire exploser une bombe lors du rassemblement annuel du Conseil national de la Résistance iranienne à Villepinte, près de Paris. Cette réunion rassemblait des milliers de personnes, dont des personnalités politiques de premier plan comme l’ancien maire de New York Rudy Giuliani, l’ancien président de la Chambre des représentants américaine Newt Gingrich, l’ancien Premier ministre canadien Stephen Harper et l’ancienne candidate à la présidence colombienne Ingrid Betancourt. Assadi a transporté les explosifs en vol commercial de Téhéran à Vienne dans sa valise diplomatique, puis les a remis à un couple irano-belge, Amir Saadouni et Nassimeh Naami, lors d’une rencontre dans un Pizza Hut au Luxembourg, accompagnés d’une enveloppe contenant plus de vingt-deux mille euros en espèces. La police belge, agissant sur un renseignement d’une agence partenaire étrangère, avait mis le couple sous surveillance. Ils ont été arrêtés avant de franchir la frontière française. Assadi a été interpellé par la police allemande le 1er juillet 2018 près d’Aschaffenburg. Le quatrième complice, Mehrdad Arefani, devait guider le couple sur le site du rassemblement. Le 4 février 2021, un tribunal belge d’Anvers a condamné Assadi à vingt ans de prison pour tentative de meurtre et participation aux activités d’un groupe terroriste. Nassimeh Naami a écopé de dix-huit ans, Amir Saadouni de quinze ans, et Mehrdad Arefani de dix-sept ans. Ce fut la première fois qu’un pays de l’Union européenne condamnait un officiel iranien pour terrorisme. Les enquêteurs ont découvert dans la voiture d’Assadi trois carnets contenant les relevés de plus de deux cent quatre-vingts lieux de rendez-vous répartis dans onze pays européens, l’Autriche, la Belgique, la République tchèque, la France, l’Allemagne, la Hongrie, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Suède et la Suisse, où Assadi avait rencontré ce que les enquêteurs pensent être des actifs du ministère du Renseignement iranien. Les carnets mentionnaient également des visites répétées à des mosquées chiites et des instituts culturels islamiques à travers le continent. La France a gelé les avoirs de deux hauts responsables iraniens et a officiellement accusé le ministère du Renseignement iranien d’être responsable du complot. En mai 2023, Assadi a été libéré dans le cadre d’un échange de prisonniers contre l’aidant humanitaire belge Olivier Vandecasteele, détenu en Iran depuis février 2022 et condamné à quarante ans de prison et soixante-quatorze coups de fouet. L’échange a eu lieu à Mascate, en Oman, qui a servi de médiateur. Le gouvernement belge a utilisé l’article cent soixante-sept de sa constitution, qui permet au gouvernement de mener sa propre politique étrangère, contournant ainsi la Cour constitutionnelle belge qui avait validé un traité d’échange de prisonniers avec l’Iran mais dont la procédure aurait été trop longue. Le Conseil national de la Résistance iranienne a déclaré que la libération d’Assadi quinze ans avant la fin de sa peine encourageait le terrorisme. Rien ne justifie la libération d’un maître terroriste, a déclaré Shahin Gobadi du NCRI. Le parti d’opposition belge N-VA a affirmé que le gouvernement avait cédé au chantage de Téhéran

Ce cas n’était pas une anomalie. En 1992, des assassins iraniens ont tué quatre opposants kurdes iraniens au restaurant Mykonos à Berlin. L’un des condamnés, Kazem Darabi, avait des liens directs avec le personnel de l’ambassade iranienne en Allemagne. En 1996, l’ancien vice-ministre de l’Éducation iranien Reza Mazlouman a été abattu dans son appartement parisien. Un complice arrêté en Allemagne entretenait des contacts avec des opératifs du ministère du Renseignement iranien à l’ambassade d’Iran à Bonn. En 2018, les Pays-Bas ont expulsé deux diplomates iraniens pour leur rôle présumé dans l’assassinat d’opposants iraniens à Almere et La Haye. Selon une étude académique publiée en 2024 par Ardavan et Arvin Khoshnood, plus de cent soixante dissidents iraniens en exil ont été tués par la République islamique depuis 1979

Le centre islamique Imam Ali à Stockholm a vu son financement public retiré en février 2025 après confirmation de son utilisation pour l’espionnage iranien. En janvier deux mille vingt-quatre, une grenade non explosée a été retrouvée dans la propriété de l’ambassade israélienne à Stockholm. L’attaque a été orchestrée par le gang criminel Foxtrot sur ordre de l’Iran. La police suédoise a également enquêté sur une fusillade devant l’ambassade israélienne, arrêtant un suspect de quatorze ans affilié au gang Rumba, dirigé par le truand Ismail Abdo. Le renseignement suédois a confirmé que l’Iran mène des activités menaçant la sécurité en Suède depuis plusieurs années, utilisant des gangs criminels pour cibler les Juifs, les représentants du gouvernement israélien et les dissidents iraniens. La mosquée Imam Ali à Copenhague a fait l’objet d’une question parlementaire en février deux mille vingt-cinq suite à des rapports de transferts liés à l’Iran vers cette mosquée, le Parlement danois demandant des garanties de transparence au gouvernement

En octobre 2024, le régime iranien a utilisé le réseau criminel suédois Foxtrot pour perpétrer une attaque contre l’ambassade d’Israël à Copenhague. Cet incident illustre comment le régime externalise ses opérations à des acteurs tiers. En 2018, le régime avait planifié l’assassinat d’Habib Yabor Kabi, leader du Mouvement de lutte arabe pour la libération d’Ahwaz, au Danemark. Muhammad Davoudzadeh Loloei, citoyen norvégien d’origine iranienne, a été condamné pour espionnage au profit du renseignement iranien et complicité de tentative d’assassinat. Il avait rassemblé des renseignements sur la cible au Danemark et les avait transmis à Téhéran. En 2020, il a été condamné à sept ans de prison et à une expulsion permanente du Danemark à l’issue de sa peine. En Norvège, en 2016, le service de sécurité norvégien a appréhendé un agent de la Force Al-Qods dans le jardin d’un défenseur pro-israélien norvégien de haut profil. L’agent était sous surveillance depuis son entrée en Norvège et a été rapidement expulsé vers l’Iran. En 1984, un diplomate iranien en poste à Oslo, Mohammad Movahed, a été expulsé après avoir été démasqué comme espion recrutant des réfugiés iraniens comme informateurs pour infiltrer les communautés dissidentes. En 1996, un autre diplomate, Saberi Moghaddam, opérait sous une fausse identité tout en surveillant une opposante iranienne en exil, Fereshteh Yegneh, dont la tournée de conférences en Norvège a dû être annulée pour des raisons de sécurité

En France, en 2018, une tentative d’attentat à la bombe contre une conférence du MEK à Paris a été déjouée par les services de renseignement européens. Selon le Washington Post en juin 2025, des opératifs iraniens sont parvenus tout près d’assassiner l’ancien secrétaire d’État américain Mike Pompeo lors de sa visite à Paris en 2022. En 2026, un attentat à la bombe a été déjoué à Paris

Le problème n’est pas uniquement idéologique. Ces réseaux s’inscrivent dans une stratégie plus large. Connexion avec les Gardiens de la révolution et la Force Al-Qods. Utilisation de réseaux criminels ou parallèles pour financer des opérations. Recrutement indirect pour des milices à l’étranger. Instrumentalisation de diasporas vulnérables

L’Unité 840 du Corps des Gardiens de la révolution constitue une unité d’opérations spéciales responsable de la planification et du pilotage à distance d’actes terroristes contre les Israéliens et les Juifs en Israël et à l’étranger. Son commandant est Asghar Bakir, son adjoint Mohammad Reza Ansari. En 2025, l’armée israélienne a révélé que plusieurs opératifs de cette unité avaient été appréhendés en Syrie, dont Zidan al Tuwail et Muhammad al Kharyan. Beaucoup de ceux détenus ignoraient leurs véritables liens avec cette unité, ayant été recrutés sous de faux prétextes ou corrompus par des incitations financières

L’Iran utilise systématiquement des gangs criminels européens pour ses opérations. Foxtrot en Suède. Hells Angels en Allemagne. Rumba en Suède. Des passeurs de migrants comme Ismail au Royaume-Uni. Selon les données du Centre international de lutte contre le terrorisme, sur les complots iraniens recensés depuis 1979, plus de la moitié sont survenus entre 2021 et 2024. Parmi ces complots récents, plusieurs ont impliqué des criminels comme exécutants. Le ministre britannique de la Sécurité Tom Tugendhat a déclaré en 2023 que l’Iran engageait des gangs criminels au Royaume-Uni pour espionner les Juifs en préparation d’une potentielle campagne d’assassinats ciblant des membres éminents de la communauté juive. Le directeur du MI5, Ken McCallum, a annoncé qu’entre le premier janvier et le seize novembre 2022, les services de renseignement iraniens avaient ourdi au moins dix fois des complots d’enlèvement et d’assassinat au Royaume-Uni, y compris contre des citoyens britanniques. En juillet 2025, le comité du renseignement et de la sécurité du Parlement britannique a publié un rapport de deux cent soixante pages concluant que la menace iranienne pour le Royaume-Uni est désormais comparable à celle de la Russie, documentant des complots d’assassination, des opérations d’enlèvement, de l’espionnage, de la cyberactivité offensive et des opérations d’ingérence. Le MI5 et la police antiterroriste ont traité plus de vingt cas de menaces sur la vie liées à l’Iran depuis le début de l’année deux mille vingt-deux. En mars 2026, la police britannique a arrêté quatre Iraniens soupçonnés d’avoir assisté les services de renseignement iraniens dans des opérations de surveillance ciblant la communauté juive de Londres, dans les boroughs de Barnet, Harrow et Watford, qui abritent environ 65 000 Juifs, l’une des plus grandes concentrations de vie juive en Europe. Six autres personnes ont également été arrêtées dans le cadre de cette opération

En mars deux mille vingt-trois, la police grecque a arrêté plusieurs ressortissants pakistanais travaillant pour le Corps des Gardiens de la révolution qui planifiaient des attaques contre des cibles juives. En février 2023, le ministre britannique de la Sécurité Tom Tugendhat a déclaré que le Corps des Gardiens de la révolution planifiait des attaques terroristes contre des cibles juives, israéliennes et d’opposition iranienne au Royaume-Uni. En janvier 2018, les autorités allemandes ont mené des raids contre des membres de la Force Al-Qods qui avaient espionné des jardins d’enfants juifs et l’ambassade d’Israël en Allemagne. En mars 2017, la plus haute cour de Berlin a condamné un ressortissant pakistanais pour espionnage contre des cibles israéliennes et juives au nom du Corps des Gardiens de la révolution. L’une des cibles était Reinhold Robbe, ancien député allemand et ancien président de la Société germano-israélienne

L’Iran ne se contente pas d’exporter son idéologie politique. Il exporte aussi sa répression systématique des femmes. En octobre deux mille vingt-quatre, le Conseil des gardiens iranien a approuvé une loi complète sur la pudeur et le hijab imposant une surveillance stricte des vêtements pour les femmes et les hommes, avec des peines allant d’amendes à des peines de prison

Le président Masoud Pezeshkian a obtenu une résolution du Conseil suprême de la sécurité nationale empêchant la mise en œuvre de cette loi, la qualifiant d’inapplicable. Pourtant, l’application sélective continue via des réglementations existantes, créant une ambiguïté juridique. En avril 2025, des autorités locales ont déployé des technologies de surveillance avancées à Ispahan pour identifier et menacer les femmes ne portant pas le hijab. Dans un discours d’avril 2024, le Guide suprême Ali Khamenei a qualifié le hijab de devoir à la fois religieux et légal, accusant les adversaires étrangers d’orchestrer l’opposition pour faire revivre les normes sociales d’avant la révolution. Le hijab est devenu un symbole d’identité idéologique et d’allégeance à la République islamique. Les sondages officiels montrent un effondrement du soutien au hijab obligatoire. De cinquante pour cent avant 2000, il est passé à vingt-trois pour cent en 2026 et à seize pour cent en 2024. Un sondage récent non publié du ministère de la Culture et de la Guidance islamique révèle que quatre-vingt-quatre pour cent des répondants désapprouvent, dans une certaine mesure, l’imposition du hijab obligatoire

La diaspora iranienne en Europe est elle aussi surveillée et menacée. Les services de renseignement iraniens harcèlent les femmes dissidentes, les journalistes et les activistes qui dénoncent ces politiques. Le mouvement Femme Vie Liberté, né après la mort de Mahsa Jina Amini en septembre 2022, a mobilisé la diaspora iranienne en Europe, mais a aussi exposé les fractures au sein de cette communauté. Les attaques contre les femmes de la diaspora sont majoritairement anonymes, utilisant des comptes sur les réseaux sociaux sans provenance claire. Certaines du harcèlement peuvent être orchestrées par des institutions plutôt que par des individus réels. Les victimes incluent des activistes pour l’égalité des genres, des journalistes, des analystes de politique étrangère et une historienne, chacune accusée de collusion avec le régime autoritaire islamiste de Téhéran. Ils essaient de prétendre que quiconque apporte une nuance ou un degré de complexité dans la conversation est un apologiste du régime, a déclaré Sanam Naraghi-Anderlini, fondatrice d’une organisation féministe travaillant avec des initiatives de paix dirigées par des femmes dans des pays en conflit. Les attaques contre les femmes iraniennes à l’étranger sont souvent accompagnées de menaces de viol, de meurtre, d’incendie. Je te trouverai et je te brûlerai vive, a déclaré l’un des harceleurs. Certaines des personnes qui ont envoyé ces messages affirmaient savoir où la victime vivait. Les communautés iraniennes à l’étranger répondent souvent aux attaques numériques contre les activistes féminines iraniennes avec de la misogynie, stigmatisant davantage ces femmes. Lorsque les hommes sont ciblés par la répression transnationale, ils sont souvent valorisés, contrairement aux femmes qui sont souvent humiliées après avoir été désignées comme cibles. Cela met vraiment ces activistes sous siège de la part de tout leur entourage, a déclaré l’organisation Miaan Group, une organisation non gouvernementale qui soutient les activistes iraniens tant au pays qu’à l’étranger. Leur rapport 2025 évaluant les cyberattaques et autres violations des droits au second semestre de deux mille vingt-quatre a constaté que les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Suède et la Turquie comptaient le plus grand nombre de cas de répression transnationale rapportés. Les activistes des droits des minorités ethniques représentaient le pourcentage le plus élevé de cas, suivis par les activistes féministes qui représentaient plus de dix pour cent des cas durant cette période

Le vrai danger n’est pas une organisation isolée. C’est un système intégré. Religieux. Médiatique. Culturel. Éducatif. Parfois sécuritaire. Un système capable de façonner des loyautés politiques. D’influencer des débats publics. De créer des tensions communautaires. Et, dans certains cas, de servir de relais à des stratégies étatiques hostiles

Il faut être clair. Toutes les structures chiites ne sont pas liées à l’Iran. Toutes les associations religieuses ne sont pas suspectes. Mais certaines présentent des marqueurs précis. Lien organique avec Qom ou Téhéran. Financement opaque ou externe. Alignement constant sur la ligne politique iranienne. Glorification de figures ou milices liées au régime, comme Soleimani, Nasrallah ou le Hezbollah. Participation à des campagnes globales coordonnées comme la Journée Al-Qods

L’Europe a longtemps sous-estimé cette réalité, par naïveté ou par peur de stigmatiser. Mais le problème n’est pas religieux, il est géopolitique

Ce que Téhéran a construit, c’est une infrastructure d’influence à long terme, capable de survivre aux sanctions, aux crises diplomatiques et même aux changements de régime

Et tant que l’Europe continuera à voir ces réseaux comme des initiatives isolées, elle restera vulnérable

La question n’est plus de savoir si ces réseaux existent. Mais plutôt de comprendre pourquoi nous refusons encore de voir leur cohérence

 

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