Quatre monarques espagnols ont foulé le sol de la ville marocaine occupée de Ceuta, et aucun n’est sorti indemne des tourments de l’histoire.
Le 20 novembre 1877, la frégate Victoria accosta à Ceuta avec à son bord Alphonse XII, un roi qui n’avait pas encore vingt ans. Huit ans plus tard, il mourut de la tuberculose à l’âge de 27 ans, au palais d’El Pardo, laissant derrière lui une veuve enceinte de son héritier.
Son fils, Alphonse XIII, se rendit à Ceuta en octobre 1927, alors que l’Espagne se félicitait de la prétendue « pacification » du Rif. Mais la bataille d’Anoual, livrée contre la résistance menée par Mohammed ben Abdelkrim Al-Khattabi, ramena la question des responsabilités jusque sur le seuil du palais royal. En avril 1931, son règne prit fin et il mourut plus tard en exil à Rome.
En novembre 2007, Juan Carlos Ier mit fin à une absence de quatre-vingts ans en se rendant à Ceuta. Cette visite poussa Rabat à rappeler son ambassadeur à Madrid pour consultations. Le roi Mohammed VI qualifia alors cette initiative de manifestation de nostalgie pour une époque sombre de l’histoire.
Par la suite, Juan Carlos fut éclaboussé par une série de scandales, de l’affaire Nóos à son célèbre voyage de chasse aux éléphants au Botswana. Ces controverses contribuèrent à son abdication en 2014, avant son installation ultérieure à Abou Dhabi, dans ce qui fut décrit comme un exil volontaire.
Aujourd’hui, dix-neuf ans plus tard, le roi Felipe VI emprunte le même chemin, en se rendant dans une ville dont le Maroc n’a jamais reconnu la souveraineté espagnole, selon la thèse défendue par l’article.
S’agit-il de simples coïncidences historiques, ou la terre reconnaît-elle ses véritables propriétaires ?
Les visites des rois d’Espagne à Ceuta : une malédiction historique qui poursuit la monarchie espagnole ?









