Après l’exfiltration du chef des séparatistes Brahim Ghali vers l’Algérie, précédée par une brève audition devant l’Audience nationale, l’Espagne a dévoilé au grand jour son double jeu, au risque de compromettre davantage ses relations avec Rabat. Détails.
Sans être vraiment jugé, le chef du Polisario Brahim Ghali a pu, de nouveau, se soustraire à la Justice en quittant le territoire espagnol, semble-t-il, par l’aval des autorités du voisin ibérique, qui ont elles-mêmes confirmé son départ vers l’Algérie. « Brahim Ghali a prévu de quitter l’Espagne ce soir à bord d’un avion civil depuis l’aéroport de Pampelune », dans le Nord du pays, a indiqué le ministère espagnol des Affaires étrangères, tout en annonçant avoir informé le Maroc. En effet, le fugitif, accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, s’est envolé la nuit de mardi à mercredi à 1h40, vers l’Algérie, à bord d’un avion civil, loué par l’Etat algérien, selon l’Agence France Presse. Cette tentative d’exfiltration, orchestrée par Alger en coordination avec Madrid, a réussi après qu’un avion militaire algérien ait échoué, quelques heures avant, à atterrir sur le sol espagnol.
Un procès en vain ou un simulacre de procès
Après avoir eu l’espoir d’un procès équitable, les victimes de Brahim Ghali n’ont pas eu la satisfaction de voir arrêté celui qu’elles accusent de crimes de guerre, de viol et de séquestration. Bien qu’il soit convoqué pour comparaître devant le juge de l’Audience nationale Santiago Pedraz, Ghali a été seulement auditionné brièvement par visioconférence sans être arrêté.
En plus de refuser d’enquêter sur l’entrée frauduleuse de ce dernier en Espagne (avec un faux passeport), le juge a considéré qu’il n’y a pas de raisons qui justifient une détention préventive, quoique le risque de l’évasion était évident. Ce « laxisme » a suscité la colère du Club des avocats marocains qui, dans un communiqué, a dénoncé « une mascarade », tout en doutant de l’impartialité du Juge qui semble « détruire juridiquement toutes les plaintes à l’encontre de Ghali pour éviter son emprisonnement ». Chose faite, ce dernier a bénéficié de la mansuétude des plusieurs circonstances, quitte à bafouer les droits des victimes. Cependant, selon Lazaron, le Tribunal de Logroño, ville où Ghali a été hospitalisé, a ouvert une nouvelle instruction sur la falsification des documents d’entrée de Ghali en Espagne. Cette enquête est ouverte sur la base d’une plainte d’un syndicat espagnol appelé Manos Limpias. Or, celle-ci n’aboutirait à rien de concret du moment que le mis en cause se trouve en dehors du territoire espagnol.
Vers une rupture ?
La fuite de Brahim Ghali vers l’Algérie ne manquera pas de jeter de l’huile sur le feu de la discorde entre le Maroc et l’Espagne, qui n’a cessé de grossir durant ces dernières semaines. Le Maroc a clairement prévenu « ses partenaires espagnols » des conséquences fâcheuses d’une exfiltration de Ghali par les mêmes procédés frauduleux par lesquels il est entré. Le risque même d’une rupture reste envisageable tant que Madrid s’obstine à couvrir le leader séparatiste. Un risque d’autant plus imminent que le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita a mis en garde, lors de son passage à la radio française « Europe 1 », l’Espagne contre une « aggravation de la crise » actuelle en cas d’exfiltration de Ghali. « Si l’Espagne pense résoudre la crise en l’exfiltrant, c’est qu’elle cherche le pourrissement, voir même la rupture », a-t-il prévenu. Jusqu’à présent, aucune réaction officielle n’est parvenue de la diplomatie marocaine, bien que les autorités espagnoles prétendent avoir informé Rabat du départ de Ghali après 54 jours d’hospitalisation à l’hôpital de Logroño. Même si rien n’indique la possibilité d’une rupture définitive des relations, celle-ci serait lourde de conséquences et ne manquera pas de redéfinir les rapports du Maroc avec son voisinage européen.
Faute d’une médiation et de bons offices fructueux entre les deux pays, l’avenir de l’amitié maroco-espagnole semble désormais plongé dans l’inconnu. Force est de constater que le Royaume a usé de toutes les formes de protestation diplomatique dont le rappel de l’ambassadrice Karima Benyaïch et la convocation de l’ambassadeur espagnol à Rabat.













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