Depuis plusieurs semaines, Abdelmadjid Tebboune se fait invisible. Aucun discours, aucune apparition publique, pas même une image rassurante. À Alger comme dans les grandes villes, une question taraude l’opinion : où est passé le président ? Derrière cette absence prolongée, le silence du pouvoir alimente les rumeurs et projette l’Algérie dans une zone grise où plusieurs hypothèses dominent le débat.
1L’hypothèse médicale : le spectre Bouteflika
L’histoire récente pèse lourdement sur la mémoire collective. Les Algériens ont déjà connu, avec Abdelaziz Bouteflika, la gestion opaque d’un président affaibli par la maladie, maintenu artificiellement au pouvoir par un entourage restreint. En 2020 déjà, Abdelmadjid Tebboune avait été hospitalisé en Allemagne pour complications liées au Covid-19, un épisode qui avait confirmé sa fragilité physique
Dès lors, son absence actuelle pourrait s’expliquer par des raisons de santé, soigneusement dissimulées pour éviter une nouvelle crise de légitimité. Mais ce silence, au lieu de rassurer, nourrit les rumeurs. Certains parlent de traitements médicaux lourds, d’autres d’un retrait imposé par la maladie.
Le risque : qu’un peuple déjà marqué par une décennie d’opacité ait le sentiment de revivre un scénario connu, celui d’un chef invisible remplacé par un cercle restreint
2L’hypothèse politique : une stratégie calculée
Une autre lecture avance que l’absence de Tebboune n’est pas contrainte, mais choisie. Elle relèverait d’une stratégie politique délibérée. Le président, conscient de la contestation rampante et du mécontentement social (inflation, chômage, crise énergétique), aurait choisi de se mettre en retrait pour préserver son image, laissant à ses ministres la gestion des dossiers brûlants.
Cette tactique consiste à s’effacer derrière l’administration en attendant des jours meilleurs, pour réapparaître au moment opportun comme homme providentiel.
Mais ce jeu est dangereux :
il renforce la perception d’un président déconnecté du quotidien, et il laisse le champ libre aux luttes internes entre ministres, militaires et clans économiques.
3L’hypothèse institutionnelle
un pouvoir captif des clans
Certains analystes évoquent une explication structurelle : l’absence de Tebboune serait le reflet d’un pouvoir verrouillé par les clans militaires et sécuritaires. Le président ne serait plus qu’une figure d’apparat, tolérée pour préserver une façade de stabilité, mais dont l’action réelle est limitée.
Dans ce scénario, Tebboune ne décide plus. Ses silences prolongés seraient le symptôme d’une présidence sous tutelle, où généraux et services de renseignement dictent la ligne.
Cette hypothèse suggère que l’Algérie est dirigée dans l’ombre, par un système opaque, non responsable devant les citoyens. Elle expliquerait le refus obstiné de la transparence : montrer le président, ce serait exposer sa marginalisation.
4L’hypothèse géopolitique : la
France, source de pressions et d’embarras
Un autre facteur, souvent minimisé, mérite d’être évoqué : le conflit larvé entre Alger et Paris. Ces dernières semaines, la France aurait demandé des explications sur plusieurs dossiers sensibles :
les restrictions d’entrée imposées aux journalistes et ONG,
la coopération sécuritaire jugée trop sélective,
la question migratoire, avec Paris exigeant un contrôle plus strict des départs vers l’Europe.
Ces tensions s’ajoutent à une relation franco-algérienne fragilisée par les contentieux mémoriels, les divergences diplomatiques sur le Sahel, et les soupçons de soutien algérien implicite à des partenaires stratégiques concurrents de l’Occident (Russie, Iran).
Ce climat embarrasse Tebboune pour une raison simple : une grande partie de son entourage proche – ministres, hauts fonctionnaires, oligarques – a ses enfants qui vivent, travaillent ou étudient en France. Cette dépendance sociale et familiale complique la posture de fermeté affichée par Alger.
L’absence du président pourrait donc aussi s’expliquer par une volonté de se mettre en retrait en attendant que l’orage diplomatique passe. Mais cette hypothèse souligne surtout les contradictions d’un pouvoir qui, tout en dénonçant la France dans le discours officiel, reste étroitement lié à elle dans les faits.
Un vide dangereux
Qu’il s’agisse de maladie, de calcul politique, de tutelle institutionnelle ou de pression internationale, l’absence de Tebboune révèle avant tout une chose : le pouvoir algérien redoute la transparence plus que les rumeurs.
En refusant de montrer un président actif, Alger laisse prospérer l’image d’un pays à la dérive symbolique, sans capitaine visible, où les citoyens ne savent plus qui tient réellement les rênes













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