Conférence internationale
Allocution d’ouverture
Monsieur Mohammed Bachir RACHDI
Président de l’INPPLC
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Présidents des Autorités et Agences anti-corruption, Ombudsman et Chefs de délégation des Pays Africains Amis ;
Madame la Présidente, Messieurs les Présidents et représentants des Institutions Constitutionnelles ;
Madame la Présidente du Conseil Consultatif de l’Union Africaine Contre La Corruption ;
Madame la représentante de l’ONUDC ;
Monsieur le Vice-Président de la Banque Mondiale ;
Monsieur le Vice-Président de Transparency International ;
Monsieur le Vice-Président Général de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc ;
Mesdames et Messieurs les représentants des Organisations Internationales ;
Messieurs les représentants de la société civile ;
Mesdames et Messieurs les représentants de la presse ;
Mesdames et Messieurs, Honorables participants,
Avant d’entamer mon propos d’ouverture, je souhaiterai exprimer, au nom de nous tous, nos condoléances aux familles et notre soutien à tous les Marocains touchés par le terrible séisme du Haouz, face auquel le pays et le peuple ont, encore une fois, fait preuve d’une grande force de cohésion et d’une solidarité à toutes épreuves. Un soutien et une solidarité qui s’inscriront certainement dans le temps pour accompagner les dures conséquences de cette tragédie.
Pour commencer, je voudrais exprimer mes chaleureux mots de bienvenue à nos honorables invités, en vous remerciant tous d’avoir donné de votre temps précieux pour participer avec nous à cette importante conférence. Un remerciement particulier pour ceux d’entre vous qui ont pris la peine de faire le déplacement parfois de très loin, d’Afrique, d’Amérique et d’Europe.
Je profite de l’occasion pour vous souhaiter un agréable séjour parmi nous. Je remercie aussi vivement les membres du gouvernement marocain et les présidentes et présidents des institutions constitutionnelles et les autres hauts responsables qui ont bien voulu répondre favorablement à notre invitation, malgré leurs agendas chargés.
Mesdames et Messieurs, Honorables participants,
J’ai le plaisir d’assurer aux côtés des autres intervenants de cette séance inaugurale, l’ouverture de cette conférence qui se tient sous la thématique « Douze ans après la Déclaration de Marrakech : l’Afrique se mobilise pour renforcer le rôle de la prévention de la corruption, dans le développement ». Une thématique motivée par notre conscience commune des lourds impacts néfastes de la corruption sur nos concitoyens, sur nos économies, sur le maintien de la stabilité et sur l’ancrage durable de l’Etat de droit dans nos pays.
En effet, il est aujourd’hui admis que la corruption est en tête des facteurs qui sapent les fondements de l’État de droit ; favorisent les différentes formes d’abus de pouvoir, de privilèges, de clientélisme et de népotisme ; détournent les ressources et handicapent le développement ; freinent l’initiative et brident les énergies, remettant ainsi en cause l’égalité des chances et l’accès équitable aux moyens et aux conditions qui garantissent une meilleure participation à la production de richesses et qui en assurent en conséquence une répartition plus juste.
Les effets et implications de la corruption, sont souvent mis en avant par différents rapports régionaux et internationaux, avec des chiffres qui témoignent de leur ampleur. Pour n’en citer que quelques-uns, les sommes en jeu de la corruption dans le monde se situent, selon le FMI, entre 1.500 et 2.000 milliards de dollars, soit 3 à 4% du PIB mondial.
Le rapport de la CNUCED sur le développement économique en Afrique estimait en 2020 que, chaque année, plus de 88 milliards de dollars quittent le continent sous forme de flux illicites de capitaux ; un niveau qui dépasse l’aide publique au développement et les (IDE) que le continent reçoit. Dans le même ordre, la Commission Economique pour l’Afrique des Nations-Unies, estimait, il y a déjà plusieurs années l’impact de la corruption en Afrique à plus de 6% du PIB continental.
Ces chiffres et constats, n’évoluent pas dans une tendance à la baisse, ils prennent de l’ampleur dans un contexte où les développements des réseaux financiers, des organisations et des technologies sont pleinement exploités et mis au service d’une sophistication des pratiques de corruption, de blanchiment et de crimes financiers.
La complexité du phénomène de corruption et la multiplicité de ses formes et manifestations, nécessitent des inflexions majeures dans nos politiques, à travers des approches holistiques et des stratégies multidimensionnelles, dans un cadre de convergence et d’articulation forte, des actions des différentes autorités et institutions concernées et avec l’implication des acteurs et représentants du secteur privé et de la société civile.
C’est dans ce contexte que l’Afrique se mobilise aujourd’hui pour renforcer la dynamique à l’échelle continentale, et de manière plus globale pour participer à l’effort mondial, de réflexion, de déploiement et d’accompagnement de l’action de lutte contre la corruption, qui vise à cerner les enjeux et à identifier et mettre à profit les leviers à même de permettre à nos pays, individuellement et collectivement, d’endiguer le phénomène de la corruption et d’ouvrir la voie vers un développement soutenu, inclusif et durable, capable de répondre aux aspirations et attentes légitimes de nos concitoyens, des générations actuelles et celles à venir.
Mesdames et Messieurs, Honorables participants,
Il est clair que ces ambitions exigent des stratégies globales qui s’inscrivent sur le court, moyen et long terme et qui agissent de manière combinée sur les dimensions : éducation, sensibilisation, celle de la prévention et du renforcement de la gouvernance, ainsi que sur la dimension détection, dissuasion et répression des actes de corruption.
Si cette approche s’impose comme seul moyen pour faire face à l’ampleur et la complexité du phénomène de la corruption et l’étendue de ses manifestations, il est important de souligner que la prévention est l’axe central et incontournable, autour duquel s’articulent ces stratégies. Seule une prévention structurée, inscrite en profondeur dans les politiques publiques, est capable de produire les conditions d’asséchement des foyers de corruption, et d’empêcher la propagation des pratiques illicites, rendant par la même, crédibles et efficaces les autres dimensions que sont : l’éducation et sensibilisation, et la détection et répression.
Permettez-moi d’insister sur l’imbrication et l’interdépendance des dimensions de lutte contre la corruption et sur le rôle central de la prévention, qui alimente et s’alimente naturellement des autres piliers que j’ai évoqués plus tôt, dans le cadre d’un processus de construction dynamique, sur lequel nous aurons certainement à revenir tout au long de ces deux jours.
Mesdames et Messieurs, Honorables participants,
C’est cette centralité de la prévention, qui a porté la communauté internationale à adopter la Déclaration de Marrakech lors de la COSP 4 qui s’est tenue au Maroc en 2011. Et c’est cette même conviction qui, douze ans après, s’est davantage renforcée pour nous inciter collectivement à nous mobiliser et à unir nos forces et puiser dans nos visions et expériences respectives afin de donner aujourd’hui une nouvelle profondeur et un nouvel élan à l’esprit de la Déclaration de Marrakech.
Une mobilisation, marquée par une forte présence Africaine, qui trouve ses racines dans la détermination qui s’est renforcée ces dernières années, pour lutter contre la corruption sur le continent. Une détermination sanctuarisée dans l’Agenda 2063 de l’Afrique et soutenue par le nombre de pays ayant adhéré à la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption.
Dans le prolongement, l’année 2018 a été désignée « Année de la lutte contre la corruption en Afrique », au cours de laquelle les Etats et les Institutions concernées ont porté un intérêt particulier à l’évaluation des approches adoptées jusqu’alors pour lutter contre la corruption, et aux actions à cibler pour en renforcer l’efficacité et faire, en conséquence, de la lutte contre la corruption un engagement et un levier de la transformation de notre continent.
La Conférence des chefs d’États et de gouvernements de l’Union africaine, lors de sa 31ème session, a adopté alors, la Déclaration de Nouakchott qui a fait de 2018 l’Année africaine de la lutte contre la corruption.
A cette occasion, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a adressé un message aux participants, soulignant que « la corruption pervertit les règles de la démocratie et sape l’État de Droit […]. La lutte contre ce fléau requiert une mise en synergie de toutes les expériences et des expertises, dans le cadre d’une vision commune que partagent tous les partenaires. » et Sa Majesté d’insister que « La lutte contre ce fléau, doit être érigée en priorité, car il s’agit du plus grand obstacle au développement économique et social, et à l’épanouissement de notre jeunesse » fin de citation.
Il convient également de mettre en lumière l’engagement de nombreux pays africains à travers des stratégies de lutte contre la corruption qui ont permis des avancées notables de certains parmi eux dans les indicateurs internationaux, avec des scores supérieurs à la moyenne mondiale et même parfois supérieurs aux résultats enregistrés par des pays avancés. Peuvent être cités à titre d’exemples, le Rwanda, le Botswana, le Cap-Vert, ou encore les Seychelles.
De son côté, le Maroc qui a lancé une Stratégie Nationale de Lutte Contre la Corruption depuis fin 2015, a connu ces cinq dernières années des changements profonds à plusieurs niveaux, notamment sur le plan législatif, où des avancées majeures ont été concrétisées par l’adoption et l’entrée en vigueur de plusieurs textes de lois, dont la loi 46.19 relative à l’Instance Nationale de la Probité, de la Prévention et de la Lutte contre la Corruption, qui élargit le périmètre et consacre les missions et pouvoirs de cette institution constitutionnelle.
Mesdames et Messieurs, Honorables participants,
La conférence à laquelle nous participons aujourd’hui, se veut une occasion pour consolider ces efforts, et les renforcer à travers le partage et l’enrichissement mutuel, en approfondissant la réflexion sur les grands axes structurants de la déclaration de Marrakech et des différentes résolutions qui ont été adoptées pour le suivi de sa mise en œuvre. Des axes qui traitent de thématiques aussi importantes que :
Le renforcement de l’Etat de droit par les dispositions institutionnelles, légales et réglementaires qui font de la prévention de la corruption un vrai levier ;
L’investissement productif et inclusif, qui ne peut profiter du plein potentiel d’un pays, qu’en libérant les énergies et en assurant la sûreté et la confiance sur le long terme, à travers les mesures de prévention et de conformité anti-corruption à développer et à soutenir avec l’implication du secteur privé ;
L’avenir d’un pays c’est sa jeunesse, dynamique dans la société civile et impliquée dans les chantiers sociétaux et stratégiques, dont l’un des plus importants pour le développement et pour la cohésion sociale est celui de la prévention de la corruption et l’ancrage des valeurs de probité et de gouvernance responsable ;
Enfin, la complexité soulignée du phénomène de la corruption et de ses manifestations, exige de mettre la thématique de la recherche et de l’innovation, dans ce domaine, au cœur de nos intérêts, pour que les approches et les politiques de prévention et lutte contre la corruption, soient fondées et à la hauteur des enjeux.
Ce sont ces mêmes thématiques qui constituent le fil conducteur des travaux de cette conférence, à travers lesquelles, nous ferons un bilan de ces dernières années en matière de prévention de la corruption, pour prendre appui sur les avancées et réalisations et dégager les pistes de progrès pour une dynamique plus forte et plus impactante.
Mesdames et Messieurs, Honorables participants,
Les travaux menés à ce jour et la littérature disponible, notamment celle produite par les partenaires impliqués dans la préparation de notre conférence d’aujourd’hui, constituent une matière riche, dont la consistance et la profondeur seront certainement élargies et relevées par la qualité et l’expertise des intervenants et participants aux différents panels et ateliers qui seront animés pendant ces deux jours.
L’ambition, au-delà du temps de cette conférence ouverte sur le monde, avec une forte participation Africaine, est de créer les connexions et les rapprochements entre les acteurs concernés, en vue de porter ces sujets dans la durée et de leur donner la profondeur nécessaire pour alimenter les décideurs de nos différents pays.
Cette même ambition commence par porter collectivement la proposition d’une nouvelle résolution de « Rabat » qui prendrait le relais de celle de « Marrakech » en vue de la faire adopter lors de la COSP 10, prévue en décembre prochain à Atlanta. Une résolution que nous souhaitons forte, capable de propulser une réelle dynamique en matière de stratégies nationales et de coopération internationale dans le domaine de la prévention de la corruption et son rôle dans le développement des pays et de la stabilité dans le monde. Une dynamique globale, portée par les hauts dirigeants étatiques, et mobilisant les acteurs politiques, la sphère économique, la société civile et les organisations internationales impliquées dans ce domaine.
Mesdames et Messieurs, Honorables participants,
Convaincu que notre volonté et l’intérêt que nous portons tous à ce sujet, feront de cette conférence un succès et que notre détermination de faire face au fléau de la corruption qui ronge nos économies et nos sociétés, nous guidera pour assurer une mise en œuvre efficiente des résolutions auxquelles nous aboutirons, dans l’objectif de produire des impacts significatifs pour nos pays et perceptibles par nos concitoyens.
En vous remerciant pour votre écoute attentive, je souhaite plein succès à nos travaux.












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